Invitation: The Quilt of Belonging
Salle de presse

Comprendre les récits culturels du Canada
quilter’s connection magazine - HIVER 2009/10

En plus d'être une peintre et une artiste du textile accomplie, Esther Bryan porte un vif intérêt aux travaux à l'aiguille, sans toutefois être courtepointière. Alors, pourquoi Fibres du monde, un projet d'art textile orchestré par Esther en 1998, ressemble-t-il à une courtepointe? Esther nous l'explique : « Chaque fois que je crée un projet artistique, je choisis le médium qui exprimera le mieux les idées que je désire partager. Une courtepointe constitue une merveilleuse métaphore visuelle, car plusieurs restes de tissus différents sont assemblés pour en faire un tout. Une courtepointe est un mélange de divers éléments, tout comme le monde est une mosaïque composée de diverses parties. »

Le Canada aussi est un amalgame de personnes et de cultures différentes, toutes possédant leurs propres personnalités et talents. Fibres du monde est un projet national et collectif qui célèbre l'unicité de chacun des 263 groupes ethniques présents au Canada. Des membres de tous les principaux groupes autochtones du Canada et de toutes les nations du monde ont participé à ce projet.

« J'espère que Fibres du monde permettra aux gens de réaliser qu'il y a une place pour tous dans ce monde et que nous devons tous trouver une façon de bien nous entendre », dit Esther. Son rêve de rassembler des personnes de toutes les cultures devient donc réalité. La Courtepointe fut dévoilée en 2005 au Musée des civilisations de Gatineau, au Québec. Depuis, plus de 1,3 million de visiteurs ont vu le projet et sont repartis, comme le disait un visiteur canadien, « avec un nouveau regard sur notre interdépendance et sur la beauté de toutes les cultures ». En fait, le projet nous rappelle qu'en plus de célébrer nos talents et notre héritage uniques, nous devrions aussi rendre hommage à ces liens qui font du Canada une tapisserie superbe et complète.

Enfant, Esther a souvent déménagé d'un pays à l'autre en compagnie de ses parents missionnaires, côtoyant ainsi plusieurs cultures différentes. Cependant, pour Esther, aucun de ces endroits n'était un véritable chez-soi. Tout au long de sa vie, Esther a été habitée par ce besoin d'appartenance. « Dès notre naissance, nous voulons être appréciés, acceptés et nous voulons nous intégrer. Ce besoin d'appartenance est fondamental pour l'humain. Fibres du monde montre que chaque personne créée par Dieu est unique, sans être marginale. C'est une chose que j'ai expérimentée et contre laquelle j'ai lutté alors que je grandissais et au fil des déménagements fréquents », dit-elle.

En 1994, Esther a visité la Slovaquie pour la première fois. Elle était accompagnée de son père. Ce fut l'aboutissement de son cheminement vers l'appartenance. La Slovaquie a été la patrie de son père jusqu'au moment où il s'est enfui, peu après la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il était un jeune homme. Lors de cette visite, Esther a réalisé que la Slovaquie représentait une bonne partie de son propre tissu culturel. Elle a passé beaucoup de temps à se renseigner sur l'histoire de sa famille, ainsi qu'à recueillir des récits familiaux, des photos, des textiles et des objets artisanaux pour les rapporter au Canada. À son retour, Esther a commencé à créer de l'art afin de donner un sens à ses expériences. En racontant son histoire à travers l'exposition Retour, Esther a découvert son besoin d'aider les gens à raconter leur propre lutte pour l'appartenance. La semence de Fibres du monde était plantée. " J'ai imaginé le projet et je savais que je devais le réaliser, et ce, malgré la peur ", se rappelle Esther. C'était une tâche colossale. Comment faire pour trouver, ici au Canada, des gens de chacune des nations du monde pour représenter les carrés de la Courtepointe?

Esther a réuni une équipe de bénévoles qui se sont donnés comme mission de trouver tous les participants. Ils ont écrit des milliers de lettres, fait de nombreux appels téléphoniques, visité des mosquées, des églises, des classes d'ALS, des restaurants et des boutiques ethniques. Ils ont aussi communiqué avec des ambassades et même avec les Nations Unies. « Le fait de trouver une personne ne garantissait pas sa participation au projet. Nous avons dû bâtir des liens de confiance et d'amitié avec chacun des participants, ce qui n'était pas toujours facile. Nous devions faire face à plusieurs défis. Parfois, même la langue était une barrière, se rappelle Esther. Par contre, plusieurs des communautés ethniques que nous avons contactées étaient à la fois surprises et ravies de découvrir que nous connaissions leur existence au Canada. »

Après les avoir tous trouvés, les participants ont été invités à choisir le textile qui les représentait le mieux. « Comment résumer ce que nous sommes et intégrer le résultat dans un losange de 23 cm ? » Les participants devaient utiliser des formes et des symboles textiles qui illustraient la beauté de leur culture et leur contribution à ce monde. Pour raconter leurs propres récits, ils ont donc fait usage d'une variété de matériaux, allant de la peau de phoque jusqu'à une pièce de lin faite main et vieille de 200 ans, en passant par des tapis miniatures et de l'écorce. Tous ces récits ont été écrits et rassemblés dans un livre intitulé Quilt of Belonging - The Invitation Project (Fibres du monde : le projet Invitation). Ce livre comprend une description illustrée de la Courtepointe. Une page est consacrée à chacun des 263 carrés et relate leur histoire personnelle et culturelle.

Ces six années d'effort se sont soldées par un imposant kaléidoscope de tissus et de textiles colorés qui se déploie sur une longueur de 36 mètres et une hauteur de 3 mètres. Esther a opté pour l'hexagone comme forme de base pour les carrés individuels et pour l'ensemble de la structure. « La molécule de carbone, dont la forme est hexagonale, constitue le fondement de la vie. La structure en forme de ruche, résultant de l'assemblage des molécules, représente la structure naturelle la plus solide. Les motifs, provenant des quatre coins du monde, affichent cette forme qui fait référence au modèle de cubes renversés (Tumbling Block) des courtepointes, explique Esther. La conception de Fibres du monde vise à montrer comment nous pouvons conserver nos identités uniques, tout en vivant ensemble d'une façon soutenue et paisible. »

Le projet a eu une influence considérable. Des écoles et des collectivités entières, de partout au monde, confectionnent leur propre version de Fibres du monde. Esther espère que ce n'est que le début. « Je veux que les gens sachent que chaque être humain est spécial, qu'il y a une place pour tous. Fibres du monde témoigne aussi du fait que des choses merveilleuses peuvent être accomplies quand nos contributions individuelles, parfois petites en apparence, s'allient en vue d'un objectif plus grand. »

Du 23 janvier au 4 avril 2010, Fibres du monde sera exposée à la galerie d'art de Surrey en Colombie-Britannique, dans le cadre de l'Olympiade culturelle 2010. La galerie est située au 13750, 88e Avenue, Surrey. Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la galerie d'art de Surrey en composant le 604-501-5566, ou visitez le www.quiltofbelonging.ca

Invitation Project